Le Pérou

De tous les pays que j’ai visités en Amérique du Sud, le Pérou est celui que je connais le mieux et reste avec la Bolivie celui qui m’aura le plus marqué au niveau de sa gestion désastreuse des déchets. J’ai beau chercher dans ma mémoire, je n’ai aucun souvenir d’un endroit propre et vierge de détritus. Pourtant ce pays et né chanceux.

20ème pays le plus grand du monde, le Pérou, qui compte sur son riche territoire 27 des 32 écosystèmes recensés de la planète, est considéré comme l’un des réservoirs de biodiversité les plus importants au monde. En gros, si l’humanité devait se mourir et chercher une sortie de secours, le Pérou serait son arche de Noé. L’expert botaniste anglais David Bellamy disait « S’il devait y avoir une catastrophe planétaire et que j’ai la possibilité de choisir un pays pour sauver et reconstruire le monde, sans aucun doute, je choisirai le Pérou ».

Le courant océanique froid de Humboldt qui remonte le long des côtes péruviennes permet à ce pays de bénéficier d’une des mers les plus riches du monde, et le Pérou en profite bien. En effet, avec seulement 0.1% de la part d’océan, il fournit 10% des pêches mondiales en grande partie grâce à son fameux anchois du Pérou qui culmine à la première place des espèces les plus pêchées avec 4.7 millions de tonnes en 2012. Vous n’aurez cependant jamais la chance de le voir dans vos assiettes car la totalité de ces stocks est transformée en farine de poissons destinée à nourrir…d’autres poissons d’élevages.

Malheureusement, en marchant dans ses rues, en roulant sur ses routes et en naviguant sur ses fleuves, le Pérou m’a laissé un immense sentiment de gâchis. A l’exclusion des quartiers riches voire super riches de sa capitale, Lima, rien n’est mis en œuvre pour pallier au très préoccupant problème de la gestion des déchets. Les poubelles sont quasi inexistantes et les déchets ménagers, municipaux et même hospitaliers sont jetés dans les rues, les rivières, la mer, bref là où il y a de la place.

Quand 37.6% des déchets sont stockés dans des déchetteries à ciel ouvert à la gestion honteuse, 60% se retrouvent dans des dépôts illégaux non répertoriés et 2.6% seulement sont recyclés par 16 usines très peu expérimentés (13 d’entre elles ont moins de 5 ans). Le pays est très en retard et le milieu naturel ainsi que ses habitants en ressentent les conséquences directes d’insalubrité publique.

Aujourd’hui, au Pérou, 15.38% des terres appartiennent aux seules entreprises minières, principalement dans les Andes, berceau de l’Amazone et des fleuves parmi les plus grands du monde.

75% de l’Amazonie, des zones marines côtières et du pourtour du lac Titicaca (pour ainsi dire quasi 75% de tout le territoire péruvien) ont été divisés en d’immenses concessions privées pour les entreprises pétrolières.

La part de la déforestation illégale est dure à évaluer mais représenterait jusqu’à 25% du commerce de bois du pays.

Le Pérou est le quatrième pays le plus mortel pour les défenseurs de l’environnement, avec 57 personnes tuées entre 2002 et 2014.

Au Pérou, comme dans de nombreux autres pays d’Amérique du sud, la grande majorité des cours d’eau est polluée et l’eau est impropre à la consommation. Heureusement Coca Cola est là pour vendre des milliards de bouteilles par an sans payer un seul centime pour aider les collectivités à installer un réseau de traitement des eaux. Et comme ils n’aident pas non plus pour les poubelles, les bouteilles floquées de la fameuse marque ont représenté l’une des pollutions visuelles les plus tenaces aux quatre coins du Pérou et tout au long de mon voyage!

Aucune taxe n’est prélevée à ces grandes entreprises qui y trouvent un marché super lucratif, souvent aidés par des régimes politiques instables.

Le Pérou a accueilli la COP20 en 2014 pour préparer le terrain d’un accord mondial sur le changement climatique à Paris en 2015. Et pourtant l’écologie ne trouve pas sa place dans ce pays magnifique et les décideurs politiques péruviens auront bien du mal à faire changer des habitudes déjà bien ancrées si eux même n’arrivent pas à se sortir de la corruption et restent dociles au bout de la laisse que tiennent les grandes multinationales… Et en France, qu’en est-il ?

Pour illustrer mes propos voici quelques images et vidéos marquantes qui vous aideront à prendre conscience de l’ampleur des dégâts. Et pas besoin de parler espagnol pour comprendre je vous rassure.

http://elcomercio.pe/lima/ciudad/comas-nivel-basura-y-contaminacion-calles-alarmante-fotos-noticia-1778695/7

(Poubelle Lima Enfant et papa)

http://elcomercio.pe/peru/la-libertad/impresionante-y-peligroso-botadero-basura-trujillo-noticia-1735432

(Décharge de Trujillo Vidéo)

http://www.elmundo.es/elmundo/2009/08/25/sudamerica/1251157049.html

(Petit blog sur la traversée de l’ucayali et les déchets)

http://www.minam.gob.pe/ambientv/2014/10/30/la-ruta-de-la-basura/

(ruta de la basura)

Les commentaires sont fermés