Jour 9 – Laragane-Monteglin – Serres

Le soleil se lève à peine et nous sommes déjà debout en train de préparer des œufs pour se donner des forces pour cette journée de marche. J’espère pouvoir marcher plus que d’habitude afin d’avancer dans le planning. Lola me laisse sur le bord d’une petite route qui surplombe Laragne et me permettra de contourner la grande départementale qui va à Serres. En plus de ça j’éviterai le radar, j’ai peur d’aller trop vite! La marche commence, la route est belle et quasi vide de déchets, les abricots ne sont pas mûrs, les pommes toujours pas. Un cadavre de renard me laissera une odeur persistante dans le nez pour quelques minutes mais je n’y pense déjà plus quand Lola me dit qu’elle vient d’acheter La Provence et me parle de notre premier article dans un journal! Nous monopolisons une demi-page et sommes même en pied de couverture! Lola s’active de son côté quand j’avance à vive allure, la matinée est bonne mais mon eau vient à manquer. Je m’arrête alors dans un gîte et demande un ravitaillement. Mon look si particulier amène au débat et les deux propriétaires sont ravis de discuter avec moi. Puis la dame me parle spontanément d’une expérience récente à l’Intermarché du coin, au rayon fruits et légumes. Elle partage avec moi son exaspération à la vue d’oignons rouges du Mexique, d’oignons blancs du Chili et surtout de pommes de Nouvelle-Zélande. Voici plusieurs jours que je marche sur les routes de la région et j’ai vu des kilomètres de vergers dédiés à la culture de la pomme. Et les oignons? A croire que ça ne pousse pas en France et que la grande distribution a besoin d’en importer de l’autre bout du globe. Miracle de la mondialisation, les grandes enseignes en cultivent la bêtise. Cette dame a conscience de son rôle et de son pouvoir de consommateur et décida, en plus de ne pas acheter ces produits, de s’adresser directement à un responsable et lui faire part de son mécontentement. Efforts réduits à néant quand une autre consommatrice remplit son sac d’oignons, cautionnant ainsi ce système de consommation qui marche sur la tête.

Je continue mon chemin et ramasse de moins en moins. La démographie justifie ce constat, ces zones rurales voient beaucoup moins de passage et les bords de route sont propres. Je me dis aussi que la mentalité n’est pas la même quand on se réveille en pleine campagne et que le respect est chose naturelle. Il est 11h et comme d’habitude, le palier de grosse chaleur est franchi. La fontaine du petit village de Méreuil me fait grand bien et je tape la discute à un cycliste pendant ma pause. Nous parlons de sa maison en ossature bois et je raconte de nouveau mon projet. Je reçois tout son soutien et repars encore content à l’assaut des routes. La récolte est de plus en plus maigre, je croise alors un pneu et une protection de coffre. A eux seuls, ces deux déchets représentent 18,5 kg prélevés à la nature!

Je me sens fatigué mais le village de Serres est proche. Je passe devant un énième projet hydroélectrique, le barrage de Saint-Sauveur, et comprends mieux pourquoi la part de cette création d’énergie électrique dite durable et écologique resta si importante en France avant le nucléaire et booste toujours nos statistiques environnementales. En effet, si la part de l’hydroélectricité plafonne à 14,6 % en France, elle représente 73,4% de nos énergies durables et renouvelables (source EDF). Le caractère écologique de ces infrastructures est cependant sujet à débat. Plusieurs critères environnementaux ne sont pas pris en compte, comme la modification du paysage local engendrant un dérèglement de la flore, une perturbation de la faune aquatique qui profite moins des courants et reste bloquée par les barrages, l’arrêt du flux sédimentaire, la stagnation de l’eau et la fermentation végétale entre autres. Il est certain que le critère local, la capacité de stockage et de réponse rapide à la demande et l’utilisation d’une ressource durable comme l’eau permet d’avoir une énergie plus consciencieuse que le nucléaire par exemple, mais les retombées écologiques sont bien réelles et je pense qu’il était bon de le préciser.

 

Arrivé à Serres, je me dirige directement vers l’Office de Tourisme et rencontre Séverine à l’accueil. Je lui parle de la marche et 5 minutes plus tard elle nous trouve un camping qui nous accueillera gracieusement dès demain ! Je rencontre ensuite Joëlle et Salomé et continue d’apprécier l’accueil ultra sympathique de cette petite équipe d’un village entouré de routes propres.

Cet « effet de Serres » là est bien plus agréable que celui dont nous entendons parler d’habitude !

 

Aujourd’hui j’ai marché 20,5 km, ramassé 5kg pour 370 déchets. A titre de comparaison, lors du premier jour de la marche-test j’ai marché 21 km, ramassé 55 kg pour 1761 déchets…

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.