Jour 5 – Oraison – Les Mées

Nous sommes le 12 Juillet 2015 et en ce jour de repos dominical et de souvenir de victoire en coupe du monde il y a de ça 17 ans, moi je vais marcher !

Le soleil se lève sur le petit hameau du Bars, coincé entre le plateau de Valensole et la vallée de la Durance, l’air frais de la nuit est encore présent, le petit dej est prêt et moi aussi! Le départ initial était prévu hier mais cette journée nous a permis d’organiser les derniers préparatifs et surtout de me reposer un peu plus. Du coup j’enfile mon nouveau pantalon de marche transformable en pantacourt et short (ce qui me rend plutôt fier) et mes nouvelles chaussures de sécurité gentiment offertes par la Quincaillerie Aixoise, qui restera comme l’un de nos premiers sponsors. J’attrape ma poubelle, ma ramassette et me remet en marche pour Paris. Lola m’accompagne sur les premiers mètres, prend quelques photos et me donne du courage pour la suite de ma journée. Nous savons tous les deux que le projet est ambitieux, qu’Oraison est toute proche mais que la Tour Eiffel ne se dessine pas encore dans le paysage. Je me lance sur la départementale en pensant à ce projet un peu dingue, je m’imagine déjà traverser la Seine avec ma poubelle, mais pour le moment je ne traverse que l’Asse, affluent de la Durance, qui fixe la limite de la commune de Valensole et du Parc naturel régional du Verdon. Je repense à ces gens qui trouvent cette démarche folle, qui revêt certes un caractère courageux mais dont l’utilité est sujette à débat. Je me dis que je suis certainement fou de faire tout ça mais plus les déchets s’accumulent plus je me dis que la folie est ailleurs. Mon père aime à me répéter cette anecdote sur Mère Teresa, lorsqu’elle fut interrogée à propos de son engagement pour les pauvres et laissés pour compte des rues de Calcutta, quant à la remarque que son action ne représentait qu’une goutte d’eau dans l’océan celle-ci répondit que si elle ne le faisait pas, l’océan attendrait toujours cette petite goutte d’eau. Plus je me renseigne et plus je m’intéresse à la question écologique d’un point de vue global, c’est à dire mondial, plus je ressens cette urgence dans laquelle nous nous trouvons. Je m’aperçois que la planète que nous léguerons à nos enfants sera leur fardeau principal au lieu d’en être la force et leur gage de durabilité. Les défis écologiques vont s’amplifier au cours des prochaines décennies et je ne veux pas laisser une marque d’inactivité aux générations à venir. Je ne veux pas qu’ils se retournent en voyant que nous n’avons rien fait alors que nous avions tous les moyens de prédire le monde de demain et de réagir en conséquence. Et c’est bien cette réflexion qui me mènera jusqu’à Paris pour exhorter nos dirigeants à prendre les décisions qu’il faut, décisions dont ils connaissent déjà la teneur, mais se cachent volontairement derrière des principes économiques à court terme, qui n’ont aucune valeur durable et sont dénués de toute dignité. Alors oui, on est motivé!!

 

Et je marche, je prends des petits chemins pour éviter les routes à fort trafic sans bas-côtés, la température monte. Heureusement, sur les conseils avisés de ma famille et la main couturière de ma chère Lola je suis équipé d’un chapeau de paille ultra large et super classe avec un cache nuque en torchon. Résultat, je n’ai pas pris de coup de chaud et en plus je peux l’humidifier à ma guise grâce au brumisateur de jardin que m’a offert ma belle-mère! Je prends une pause à côté de la fontaine d’eau potable à l’entrée du village, j’essaye de vieilles baskets, j’ai mal…Demain nous irons acheter de nouvelles chaussures, pour au moins avoir une rechange!

Je traverse la place du village avec ma poubelle et mon look d’éboueur bénévole, je croise des gens avec des poussettes, je me dis qu’on a quelque chose en commun. Je passe devant le cimetière et je pense à mon arrière-grand-mère, Oraisonnaise de naissance et me dis qu’elle serait contente que je rende son village et sa campagne plus belle. Le soleil chauffe de plus en plus, j’appelle des collègues pour me tenir compagnie, je prends des pauses sous de grands arbres en bordures de champs de tournesols et d’immenses vergers, je croise un sanglier énorme qui se demandait par où aller, je mets un pied devant l’autre et je recommence. Plus tard je croise deux hommes, ces derniers m’indiquent la route et m’interrogent rapidement sur mon projet. Je sens malgré tout une certaine réticence. Ils me disent qu’ils sont chasseurs et que les écolos c’est pas trop leur truc. Je m’interroge alors sur le désastre que serait le monde si les chasseurs n’étaient pas eux aussi à leur façon des écolos. Ils font partie de ceux qui connaissent le mieux l’environnement dans lequel nous vivons et quoiqu’en disent certains écolos, les chasseurs sont indispensables à la préservation des milieux naturels par leur rôle d’observation et de régulation des nuisibles entre autres.

 

Je continue par les petits chemins de campagne et conclue rapidement qu’ils sont bien moins sales que les grands axes de communication. Point de vue corroboré par mon retour sur la départementale qui m’offre le panel de déchets auquel je m’étais habitué durant la marche-test: un paquet de clopes, une canette de bière et ainsi de suite à un rythme effréné. Il est 13h30, il fait beaucoup trop chaud pour continuer, je m’arrête là. Aujourd’hui j’ai marché 19.5 km, ramassé 912 déchets, gagné un briquet qui fonctionne et perdu 1310 calories d’après mon podomètre. Bref, j’ai faim!

Après une bonne douche et une bonne sieste réparatrice, je prends soin de mes pieds, ça va ils sont toujours là.

Le tri des poubelles fut assez rapide mais il est important de le faire chaque jour. En allant jeter et recycler au centre d’apport volontaire le plus proche nous trouvons à côté des poubelles  une bonbonne d’eau, une fontaine de Volvic comme ils disent. Tout content, je la récupère et me dis que nous y mettrons de l’eau pour faire la vaisselle ou simplement nous rafraîchir. Je vais pour ouvrir le bouchon verseur et là…impossible de l’ouvrir. C’est à dire que Volvic, dans sa grande bonté, met à notre disposition des bouteilles d’eau de 8 litres, certes louables car moins consommatrices de plastique par litre d’eau et qui plus est 100% recyclables car en plastique. Belle démarche industrielle. Par contre il est impossible de la réutiliser sans en arracher le bouchon ou détruire la dite fontaine. Ces mêmes industriels viendront vous dire que vous n’êtes pas écoresponsables car trop grands consommateurs de matières premières mais ne balaieront pas devant leur porte, après tout ils utilisent du plastique 100% recyclable, c’est écrit sur le dos de la bouteille. Merci Volvic!!

 

Bilan du jour : J’ai marché 19,5 km et ramassé 911 déchets pesant au total 20,75 kg.

A demain tout le monde!

Ecologiquement vôtre.

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