Jour 14 – Die – Col de Rousset

Aujourd’hui grosse journée. Triste journée aussi. Nous le savions depuis le départ mais ça y est, ce matin fatidique est arrivé, nous quittons Pierrette et Jean-Marc, les repas en famille, le repos au pied des noyers, le lit à l’abri, la terrasse aux 600 étoiles, les ravioles à l’apéro et la Clairette de Die de circonstance. Tous ces bons moments resteront gravés sur notre poubelle et leur compagnie ainsi que leur soutien dans nos petits cœurs d’aventuriers. Dans la voiture la tension est palpable, nous nous lançons à l’assaut du grand nord sans aucun port d’attache, nous sommes démunis…Alors je mange des gâteaux pour me donner du courage pour les 20 km de montée qui m’attendent.

Puis c’est toujours les mêmes gestes, chaussettes, chaussures. J’enfile mon gant à la main gauche, visse mon chapeau-torchon sur la tête, mets les lunettes de soleil, penche la poubelle et la fait rouler pour franchir ce col de Rousset qui représente la plus grosse étape de montagne de l’itinéraire. Je lève les yeux, je ne vois pas le col. Je souffle. Je relève les yeux…toujours pas de col. Je me lance.

Le bord de route est plus sale que ce que je pensais. Je récupère un étendoir de camping-car, il est sale mais semble en bon état, c’est déjà ça de gagné. Le soleil est bel et bien là, l’effort est fort, l’effort est constant. Je me pose sur un banc et parle avec un gars du coin qui m’a vu sur le Tour de France. J’ai déjà fait le quart de la montée, je suis trempé.

Je monte et je ramasse comme d’habitude, quand une mauvaise habitude se confirme. Sur les quelques lignes qui vont suivre je vais m’adresser aux amateurs de vélo, à nos amis cyclistes. Vous connaissez certainement ces petites doses énergétiques qui sont censées vous donner un coup de fouet pendant vos efforts, certains sont même simplement des dosettes d’antioxydants. Pour les non-initiés, que j’étais il y a peu, je vous explique brièvement. Cela s’apparente à un petit tube de dentifrice, rempli d’environ une demi-bouchée de produits dits énergisants. En gros il y a plus de contenant plastique que de contenu. Tout ceci est ingéré en deux secondes, est jeté sur le bord de la route et représenta la quasi-totalité des déchets que j’ai retrouvé sur les 15 derniers kilomètres de la journée. Je sais que les coureurs cyclistes professionnels ne sont pas des exemples mais réveillez-vous, jeter vos déchets dans la nature ne fera pas de vous de grands champions !  Bref, j’encourage tous les cyclistes à ramasser les déchets de leurs confrères irrespectueux pour au moins essayer de remonter leur côte de popularité. Je ne suis pas le seul à pester contre ces mauvais réflexes, ce sujet est revenu quasiment à chaque conversation depuis quelques jours avec les gens que j’ai rencontrés.

 

 

 

 

 

 

Je continue mon ascension et la chaleur devient de plus en plus handicapante. Un couple me donne une grande bouteille d’eau fraîche quand d’autres m’encouragent vigoureusement pour les derniers kilomètres. Plus tard une bande de hollandais s’arrête à mon niveau et l’un d’eux, francophone, irradie de joie de vivre en me parlant, hilare, de ce projet qu’il trouve fou et visiblement adore. J’ai remarqué qu’il gardait tous ses déchets à l’arrière de son vélo, il me propose de l’eau. Un bon cycliste, ça fait plaisir. C’est la première fois qu’il voit quelqu’un voyager en poubelle et trouve son vélo bien commun. Nous nous quittons sur une franche poignée de main et lui et ses collègues m’envoient tout leur courage, ils n’en ont plus besoin, ils descendent !

 Plus que quelques mètres et je suis arrivé…ça y est j’y suis, à 1367 m, pour environ 1000 m de dénivelé en poubelle ! Je me mets à l’ombre dans le tunnel et attends Lola. Une fois arrivée, nous prenons du temps pour admirer le paysage puis jetons le regard vers nos pieds… une petite mer de mégots de cigarettes, fruit de la solidarité entre fumeurs qui auront fait au sommet de ce magnifique col, une œuvre de stupidité générale. Sur 25 m, nous ramasserons 357 mégots.

J’ai du mal à comprendre ces personnes, qu’ils soient cyclistes où fumeurs, qui viennent profiter de la nature et lui laisse ce qu’ils peuvent laisser de pire : leur trace.

 

Plus tard, nous décidons de descendre vers la prochaine étape, La-Chapelle-en-Vercors, pour nous restaurer et trouver un endroit où dormir. L’orage et la pluie se mettent à tomber violemment, nous sommes à l’abri mais sans abri. De fils en aiguilles nous allons demander à La Maison de l’Aventure, le nom semble tout trouvé. C’est Gil qui nous accueille et il nous dirige rapidement vers nos quartiers. Une chambre avec de vrais lits, des douches et tout le confort. Parfait ! Dans la soirée, pour le dîner, nous aurons même le droit à un peu de vin, de la semoule, du flan de courgette et un gâteau hyper bon aux carottes et chocolat, cuisiné par Lucie. Un accueil en or. Je suis fatigué, il est 21h, dodo.

 

Bilan du jour : Aujourd’hui j’ai marché 21 km, ramassé 256 déchets pour 7 kg, auxquels s’ajoutent 357 mégots sur 25 m.

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