Jour 13 – Luc-en-Diois – Die

La ferveur du Tour de France s’en est allée dans les Alpes et je reprends mon périple là où je l’ai terminé hier. Il est tôt et c’est tant mieux, la journée sera chaude. Je ramasse rapidement beaucoup de choses et croise les restes du passage du Tour, l’un des évènements sportifs les plus suivis au monde. Le bilan aurait pu être pire pour être honnête mais il ne faut pas se leurrer, le Tour de France brasse énormément de déchets. Sans compter les millions de spectateurs au bord des routes, l’évènement en lui-même génère une masse impressionnante de déchets potentiels. Avec 14 millions de « goodies », échantillons distribués par la caravane, sur l’ensemble du Tour de France, la facture environnementale est forcément lourde. Les 37 sponsors et leurs centaines de voitures s’en donnent à cœur joie sur des actions marketing qui laisseront obligatoirement des traces sur les bords de nos routes, malgré le passage des nettoyeurs. Car d’un échantillon peuvent ressortir plusieurs déchets que sont les emballages et suremballages. Ces goodies, dont l’utilité est aisément discutable, représentent une gabegie écologique, fruit de techniques commerciales abrutissantes. Je me sens un petit peu comme à l’époque des Romains et des jeux du cirque. L’expression latine Panem et circenses (Du pain et des jeux) correspond tout à fait à ce que j’ai ressenti sur le moment. Comment critiquer ces entreprises qui sponsorisent le Tour (la caravane à elle seule représente un investissement de l’ordre de 300 à 400 millions d’euros) quand elles offrent divertissements et cadeaux à la population ? Cette relation hypocrite que les entreprises tissent avec les consommateurs se répète malheureusement tous les jours. A grand coup de millions, elles envahissent les ondes pour nous proposer de super promos avec des slogans toujours plus infantilisants et mensongers. J’optimisme !! Ils sont partout et nous font penser qu’ils sont là pour notre bien en éludant toutes les problématiques liées à la grande distribution en particulier. Des scandales sanitaires au suremballage, de l’esclavagisme moderne dont ils sont complices à l’évasion fiscale de masse, la filière clé de notre consommation nous noie sous des publicités plus alléchantes les unes que les autres.

 

Heureusement un monde parallèle existe, dépourvu de tout bourrage de crâne intensif et plein de vie et de débats. Les médias alternatifs, non commerciaux et pour la plupart locaux. Sur leurs ondes, pas de pubs et en soi c’est déjà un énorme soulagement. C’est avec l’une de ces radios que nous avons rendez-vous aujourd’hui et c’est Tania qui nous interviewera pour Radio Diois. Les moyens sont loin, très loin de ceux du Tour de France et elle nous rejoint sur ma route avec sa petite saxo. Nous papotons autour d’un café qu’elle nous a amené dans un grand thermos, nous y ajoutons des biscuits et profitons d’un moment de repos à l’ombre pour parler de notre projet, mais cette fois-ci plus en profondeur. L’approche est naturelle et le débat n’en est que plus sincère. Le temps de parole n’est pas compté et tout est sujet à approfondissements et échanges d’idées. Ce projet de marche pour l’environnement est expliqué en détails et l’auditeur percevra réellement le message que nous voulons faire passer dans une ambiance détendue, où le lien social n’est pas brisé par la langue de bois habituelle. C’est un moment très important pour nous que de passer sur des radios locales et non commerciales. Même si l’impact est moins fort qu’un Tour de France avec Gérard Holtz, qui soit dit en passant est vraiment un chic type, l’écoute apportée par ces petites radios est un moteur formidable pour nous aider à avancer en toute honnêteté.

 

En dehors de ça vous imaginez bien que j’ai marché, et plutôt bien et à un bon rythme. J’arrive sur Die pour midi, Lola me récupère avec des pneus tout neufs sur la voiture et nous allons visiter la sous-préfecture de la Drôme. Cette petite ville me replonge en enfance et la balade d’après-marche n’en est que plus agréable. Je retrouve l’appartement dans lequel j’ai goûté de la clairette pour la première fois de ma vie, lu pleins de bandes dessinées et testé pleins de jeux vidéo, dont Warcraft II, les connaisseurs apprécieront. Et comme on est là, on ne se refusera pas le plaisir de goûter aux ravioles du coin, un plat au Picodon et jambon de pays, et l’autre aux herbes. Un régal. Nous nous disons que nous adorons cette marche et que c’est une chance que cette conférence sur le climat se passe à Paris et pas à Londres ! La France c’est beau, c’est bon et c’est cool.

 

Je vous écris ces  « quelques » lignes sous une pluie battante en me préparant mentalement à franchir le col de Rousset dès demain, dernière grosse étape de notre passage dans les Alpes. Les déchets seront mouillés mais certainement peu nombreux comme depuis notre arrivée dans ce département qui nous aura apporté tant de bons moments.

 

A demain tout le monde et bon courage à moi-même, oui je m’encourage, j’ai le droit.

 

Aujourd’hui j’ai marché 20 km et ramassé 264 déchets pour (poids à venir rapidement, mais le marcheur est injoignable dans la montagne !).

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