Jour 12 – Valdrôme – Luc-en-Diois

Il est 5 h, Montlaur-en-Diois s’éveille dans la brume, conséquence d’une soirée orageuse qui eut le mérite de raviver les jardins et ruisseaux. Voici plus d’un mois qu’il n’avait pas plu dans la région.

Après un bon petit dej en prenant le temps de réaliser qu’il va falloir se relancer pour la semaine, nous nous mettons en route et, chose rare, j’enfile un pull. Il fait bien frais et je me réjouis à l’idée que le soleil sera moins violent ce matin. Arrivé au point de départ, le lieu est rempli de Combis Volkswagen de toute beauté, les spectateurs du Tour de France sont encore en train de dormir. Oui la Grande Boucle passera par la départementale et nous pose quelques problèmes de logistique à cause de la fermeture de la route en fin de matinée.

Je me lance et sais que je dois me dépêcher pour atteindre Luc-en-Diois avant que le Tour arrive. J’imagine que la route sera sale car assez passante, il n’en sera rien. Une même route plus au sud de la France serait jonchée de déchets et ma récolte ralentirait considérablement le rythme de marche. Ainsi, durant la première heure je parcours quasiment 6 km et me vois déjà arrivé à ma première étape dans une heure. Mais comme le soleil réchauffe doucement les carlingues des camping-cars de tous ces fans de vélo, je croise de plus en plus de monde et m’arrête régulièrement pour papoter. Des gens du Pas-de-Calais par-ci, des lorrains par-là, des belges flamands et des belges wallons. Certains me prennent en photo et recherchent la page de la marche sur Facebook quand d’autres me demandent où sont les poubelles du Tour et s’ils peuvent utiliser la mienne. Je leur réponds que je ne la ramasserai seulement s’ils la jettent sur le sol mais que ça me mettrait certainement en colère.

En colère je l’étais déjà après avoir croisé un cycliste qui avait jeté quelque chose dans un champ. Oui cet homme est beau dans l’effort, il se lance à l’assaut des routes du Tour de France qu’il rêverait sûrement de faire avec les pros. Mais non il fait partie de ceux qui roulent avant l’étape et qui a un objectif et un seul, arriver au bout, coûte que coûte, sans ménager ses efforts et surtout sans oublier d’être con. Je me contiens pour ne pas lui faire un gros plaquage et chante dans ma tête des incantations druidiques pour qu’il se brise la cheville d’ici quelques jours. Je ne retrouverai jamais son déchet…

Je poursuis mon échappée solitaire qui dure maintenant depuis plus de 200 km, car oui j’ai franchi la barre symbolique des 25%, et me jette dans les entrailles du Claps. Ce gros éboulement rocheux me force à passer en mode 4×4 sur ma poubelle, le couple est bon, l’amortisseur un peu rude mais ça y est je suis en bas. J’alterne encore entre papotage et marche à pieds et arrive enfin à Luc-en-Diois. Là, j’y rencontre Martial, le frère de Pierrette qui nous accueille depuis quelques jours. Son ami et lui m’invitent à boire un café que j’accepte volontiers. Après tout je ne suis plus très loin de mon point d’arrivée. Puis en tournant légèrement la tête sur la gauche je vois un camion de France télévision, garé sur la place du village avec deux personnes qui s’affairent. Je prends alors congé de mes hôtes du temps d’un café et m’en vais en mission de communication/médiatisation. Objectif : montrer notre poubelle sur le Tour de France ! Les règles : pas de règles.

J’entame la conversation et là le journaliste est totalement emballé par ce projet qu’il trouve magnifique, il pense même à nous faire passer des régionales aux nationales puis au 20h. Il parle de nous sponsoriser et de mettre à notre disposition une moto du Tour pour suivre notre périple. Non je déconne, c’était un technicien qui me dit juste de rester là car même si la décision ne viendra pas de lui, il sait que les éditorialistes n’ont rien à se mettre sous la dent. Il appelle pour moi le responsable des programmes et s’assure que notre démarche soit au moins écoutée si ce n’est diffusée. Les 3 techniciens sont adorables avec nous et finalement, après que Lola soit arrivée, nous avons le feu vert pour rejoindre Baurières et sa petite fête de village. Je monte dans le camion de France télévision et Lola nous suit en saxo. Pour une première fois sur la Grande Boucle c’est une sacrée expérience !

Là-bas nous passons un moment agréable en attendant le direct. La pression monte. La caravane passe et distribue ses centaines d’échantillons à la volée et l’émission commence. Nous avions un plan, je devais rejoindre la caméra en montant la route. Il n’en fut rien. Tout changea 30 secondes avant le début de l’interview et la folie du direct s’empara de moi. Déjà un peu décontenancé par tout ça je vois Gégé, notre Gérard Holtz national, qui s’approche de moi et commence à me parler. Je connais cette voix, ces intonations particulières que j’entends depuis tout petit mais cette fois-ci c’est à moi qu’il s’adresse ! Wooow ! On se calme ! Je bafouille mes premiers mots puis me ressaisis, tout se passe très vite et c’est déjà fini. Lola et moi sommes passés sur France 3 devant des millions de téléspectateurs, quelle folie, que d’émotions ! J’ai de nouveau faim. Je prends un dernier souvenir avec mes potes techniciens et Gégé en posant avec notre star, la poubelle. Gégé me donne l’une de ses chemises taille Gérard Holtz et me félicite une dernière fois pour cette démarche qui l’a visiblement touché.

Nous finirons cette folle journée à parler avec des locaux et des belges en regardant passer le Tour. Une femme adorable avec qui nous avions fait causette me tend un petit billet pour soutenir la Marche. J’apprendrai le soir même qu’elle est la cousine de Pierrette !

Cette journée riche en rebondissements s’arrête finalement sur les coups de 22h quand nous allons nous coucher, car c’est bien beau tout ça mais ce n’était que le premier jour de la deuxième semaine. Demain c’est reparti, direction Die.

 

Aujourd’hui j’ai marché 13 km, ramassé 270 déchets pour 5 kg.

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