Jour 10 – Serres – Drôme

Jour de départ, nous quittons les Gorges de la Méouge et disons au revoir à Miska, Alex, Nasha, Justine et Bidule (le chiot) avec qui nous avons partagé ces trois derniers jours. Nous délaissons également un mode de vie simple, bien plus adapté à une vie responsable et respectueuse de l’environnement, où l’électricité laisse la place à la lumière des bougies, le bruit des chasses d’eau s’efface derrière l’odeur de la sciure de bois des toilettes sèches et où le ruisseau et la source subviennent à nos besoins en eau. Un retour aux sources salvateur qui me fait dire que la crise des consciences actuelle serait réglée rapidement par un rapprochement vers la nature. Son fonctionnement tout en équilibre et empli d’humilité suffit à calmer nos envies de consommation et réactive notre caractère social.

Enfin arrivés à Serres pour le départ de la marche journalière, il est tard, il fait chaud, je n’ai pas envie de marcher et je sais que je dois franchir le Col de Carabes, le premier gros événement physique de la marche. Je me lance et ne ramasse quasiment rien jusqu’à La Piarre, village au pied du col. Il est 11h30 et je fais une pause au lavoir où je trempe mes pieds, en compagnie de quatre marseillaises qui m’accueillent avec entrain. L’ambiance est relax, d’autres personnes prennent part à la conversation et j’en arrive au sujet de la responsabilité des grandes entreprises et industriels. L’une d’elle me dit enfin le fond de sa pensée: « Oui mais vous les écolos, vous voulez le beurre et l’argent du beurre, vous voulez le progrès sans les inconvénients… ». Habitué à ce discours, je la laisse continuer. « Moi j’ai travaillé chez Total et je peux vous dire que si tous les grands industriels mondiaux suivaient leur exemple, le monde serait différent. Parce qu’ils en font des efforts Total pour l’environnement, ils investissent je peux vous le dire! » Bien bien… Resituons alors un petit peu la phrase dans un contexte en dehors des avantages inhérents à plusieurs années de vie à jouir des avantages du CE de la plus grande entreprise de France, 7ème pétrolier mondial.

Dans un récent classement mondial répertoriant les 5OO entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre, Total se classe dans le cercle très fermé des 50 premières qui, à elles seules, rejettent 73% du résultat global (pour lire l’étude en anglais c’est ici, pour un article en français plus succinct c’est ici).

Prenons le gaz de schiste. En France l’exploitation de ces hydrocarbures non conventionnels n’est pas permise, et Total se targue d’avoir une politique environnementale respectueuse. Pourtant les sondages de recherche et de recensement ont été attribués après de gros efforts de pression lobbyiste. Pourquoi les recenser si ce n’est pour les exploiter ? Ainsi Total est une entreprise propre en France. Bravo à eux. Pourtant leur technologie est au point grâce à de nombreuses années d’exploitation dans la pampa argentine et dans l’Alberta canadien entre autres.

Pour les sables bitumineux, autres hydrocarbures non conventionnels, Total se place de nouveau dans l’Alberta, et participera encore à l’un des désastres écologiques les plus violents au monde et pourtant peu médiatisé. Cette zone de l’Ouest canadien est considérée par certaines études comme l’un des trois plus gros gisements de pétrole et de gaz au monde avec le bassin d’Arabie Saoudite et du Venezuela.

D’actualité encore, avec la probable fin de l’embargo iranien, 4ème réserve mondiale de pétrole, il semblerait que le fleuron de notre industrie ait déjà placé ses pions en disposant d’une entente plus que cordiale avec le gouvernement.

Tout le monde se souvient de la tragédie de l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon de BP dans le golfe du Mexique, personne ne sait qu’en Mer du Nord, au large de l’Ecosse, Total subit les mêmes problèmes, juste après avoir annoncé qu’ils étaient bien meilleurs que BP niveau sécurité…

La liste pourrait encore s’allonger en parlant de projets en Afrique ou en Australie mais je souhaite simplement terminer ce paragraphe par un simple mot, un nom que tout le monde connaît: L’Erika.

Ce naufrage est la cause directe du professionnalisme mis en avant par cette gentille personne croisée un jour au pied du col de Carabes, bien loin des côtes bretonnes.

Il est midi, le soleil est au zénith et il me reste à grimper les 6 km qui m’amèneront au sommet. Je pense à cette femme et utilise ma colère pour la mobiliser dans l’effort physique. Je marche comme jamais sous une chaleur accablante et pense à ceux qui s’inquiètent pour moi et qui me conseilleraient sûrement de ne pas le faire. Puis je me dis que je suis bien équipé, mon chapeau est grand, ma barbe est dense, mes jambes d’acier et mes lunettes de soleil! Et puis après tout je suis un maçon provençal et les chantiers en plein cagnard ça me connaît. Je marche en poussant ma poubelle, j’envoie la guenzou, je suis à fond. Je m’arrête au lavoir du hameau du Château et me rafraichis à la fontaine, bois un litre au moins et parle avec les habitants de ce coin isolé. Isolé peut- être, mais les gens lisent quand même le journal et l’un d’eux me reconnaît. On papote déchets et je les félicite d’avoir des routes si propres. Puis je repars sur le même rythme, je lâche pas l’affaire et là surprise, j’arrive déjà en haut du col. Je suis comme un fou, je n’ai mis qu’ 1h20 pour atteindre mon objectif de la journée! Mon côté grognon de ce matin est totalement envolé et je me mets à descendre la côte en chantant et en me parlant tout seul tant je suis content de moi. Je viens de quitter les Hautes-Alpes et la région PACA pour entrer dans la Drôme et la région Rhône-Alpes! Je suis fier de moi et les kilomètres que je rajoute en attendant Lola sont un + bien mérité. La route est toujours vierge, sur les 6 km de montée du col je n’ai ramassé que 3 déchets, les 6 autres sur l’aire de repos du sommet.

 

 

 

 

 

De retour à Serres, je passe un coucou à nos nouvelles amies de l’Office de Tourisme puis avec Lola nous allons acheter le Dauphiné Libéré pour y découvrir notre nouvel article! Une bien bonne journée complétée par le super accueil au camping des Barillons, un saut dans la piscine et un après-midi tranquille. Ce soir c’est pâtes, nuit dans le hamac amazonien pour une dernière journée de marche avant le repos.

Aujourd’hui j’ai marché 18,8 km, ramassé 3,5 kg pour 175 déchets

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